L'absence, essence de la star

"Je vous promets, c'est la dernière fois que je vous bassine avec Bono. A votre place aussi, j'en aurais marre. Mais enfin, la semaine dernière, j'ai vécu une expérience peu banale. Tandis que Bono recevait un NRJ Music Award à Cannes, je me trouvais seul dans sa villan près de Nice, à regarder la cérémonie retransmise par TF1 sur l'écran géant de son salon. Pendant qu'il dînait avec Usher et Naomi Campbell dans un restaurant cannois, je buvais mélancoliquement une soupe tout seul dans sa maison vide. Les lumières de Nice scintillaient à travers la baie vitrée, par-delà la mer toute noire. Dans cette immense cuisine-salle à manger, je me sentais comme un fils de famille délaissé par ses parents milliardaires et fêtards. Absorbé par la correction des épreuves du livre que j'ai fait à partir de nos conversations, je m'accordais une brève récréation.
C'est bizarre, méditais-je en plongeant la louche dans la soupière pour me resservir. Quand Bono est assis à côté de moi, qu'on casse la croûte ou qu'on rigole, nous sommes deux amis. En revanche, dès qu'il disparaît, la fascination renaît. Est-il au téléphone avec Clinton ? Avec Poutine ? Règle-t-il un problème avec Bill Gates ? A mes yeux, le petit Irlandais bondissant redevient un demi-dieu. Tout simplement parcequ'il n'est pas là. Et je me suis dit voilà, c'est l'absence qui fait la star. Voilà mon sujet. Deux vagues copains se sont éloignés : l'un est une star, l'autre pas. Contre l'évidence, contre la logique, ils décident de se rapprocher pour un projet commun. Ils veulent combler une distance, mais est-ce possible ? Ont-ils encore quelque chose à se dire ? Peuvent-ils même se comprendre ?
C'est pour répondre à cette question que, je crois bien, je me suis acharné à écrire ce livre. Pour lutter contre une sorte de fatalité contemporaine : le culte de la célébrité, qui crée la séparation et l'absence.
Pourquoi ai-je tant tenu à faire un livre savec Bono ? Réponse facile : pour un écrivain, avoir la chance d'avoir connu Bono en 1980 et de le connaître aujourd'hui encore est une occasion en or, dans tous les sesn du terme. Un sujet à ne pas manquer, en tout cas. C'est vrai, les stars ont beau avoir toutes sortes de qualités, au fond, celle qu'on leur envie le plus, c'est la chance. S'il y a une religion qui marche en France aujourd'hui, c'est bien celle de la chance. Millionnaire, Keno, Tac-au-Tac ...
Ces petits bouts de carton grattés qui traînent sur les trottoirs, ce sont les ex-voto modernes. Mais j'ai du mal à admettre une religion qui place en son coeur le hasard.
Pourquoi Bono est-il une star différente ? Parcequ'il ne croit pas au hasard, mais à la grâce. Plein de gens savent mieux chanter, mieux composer, mieux écrire que lui. Mais ce qui le met à part, c'est ce qu'il faut bien appeler la foi : cette vieille idée -qui a aujourd'hui pas mal de plomb dans l'aile- que tout n'est pas écrit, qu'il n'y a pas de fatalité dans le monde. Et elle est contagieuse. Sinon, comment expliquer autrement ce sentiment que j'éprouve auprès de lui : que j'ai 18 ans, que tout est possible et que la vie peut être la liberté absolue ?
( spéciale dédicace à ma Céci )