Quand les blogs dérapent
Brocarder les adultes, profs en tête, est l'une des occupations courantes des ados.
D'accord, ce n'est pas tout neuf.
Mais avec les blogs, ces jeux souvent innocents prennent une autre dimension.
Sérieux ennuis en perspective !
"Je mets fin à mon blog. Ma vie est compliquée et pas rangée et g besoin d'utiliser mon tps à autre chose ka mettre en ligne des fotos sur un site pourri où les gens vont just voir skon di sr eux ou si st pas trop moche sur les tofs !!!" Hélène arrête et les proclame ... sur son blog.
On l'a vu arriver , mais personne n'avait pu prédire la vitesse à laquelle le phénomène allait s'installer : aujourd'hui, un élève sur deux anime ou participe à la diffusion de blogs !
Ce sont essentiellement des "skyblogs". Il s'en crée plus de 6 000/jour, qui viennent s'ajouter au million et demi déjà existant pour cette seule catégorie qu'héberge la plateforme de la radio Skyrock.
En quelques minutes et clics de souris, on dispose d'un site Internet personnel que chacun peut consulter, commenter et ... recommander à d'autres.
Pour la diffusion, il suffit d'en communiquer les coordonnées aux amis.
Textes, le plus souvent en langage sms, photos, extraits vidéo et images peuvent être publiés, et très vite. Il est facile d'en trouver, il suffit de faire une recherche sur l'annuaire des Skyblogs, à partir du nom d'une ville par exemple.
La consultation de ces blogs lasse vite car ils se ressemblent beaucoup : des photos de copains et copines, des pin-up girls et boys, du foot, du basket, des sapes, des chats, des chiens ... et des commentaires.
Les contenus témoignent des centres d'intérêt des ados et préados.
Comme le papier, le blog supporte tout et on y rencontre tout, y compris le talent de jeunes graphistes, poètes ou photographes.
Mais pour ce qui est des insultes aux profs, on est loin de la table en bois ou du mur de plâtre laborieusement et anonymement gravés au canif ! Aux commentaires injurieux ou sexistes s'ajoutent des photos prises en classe à l'aide de photophones.
Des affaires récentes ont mis en lumières les dérives de la blogmania. La sévérité des sanctions prises par les consiels de discipline de certains établissements n'est pas passée inaperçue. Huit exclusions ont été prononcées courant mars dans le département du Val-d'Oise, du Puy-de-Dôme et de la Somme.
Affaires marginales ? Maître Lefevre a été saisie de premières affaires fin 2004 et signale que les dossiers sont de plus en plus nombreux.
La possibilité de diffusion exponentielle explique le phénomène.
Les règles de droit sont celles qui régissent la presse écrite ou parlée.
Les délits le plus souvent constatés relèvent de l'injure, de la diffamation et, last but not least, du droit à l'image.
Cinq éléments sont constitutifs de la diffamation : allégation d'un fait précis atteinte à l'honneur ou à la considération de la personne visée, mise en cause d'une personne, mauvaise foi et publicité.
On considère comme injure "toute expression outrageante, en termes de mépris ou d'invective qui ne renferme l'imputation d'aucun fait".
Pour le droit à l'image, c'est l'article 9 du code civil qui prévaut : "Chacun a droit au respect de sa vie privée". Ce délit n'a pas de prescription, contrairement à la diffamation où elle est de 3 mois.
L'arsenal législatif et répressif est donc bien là pour rappeler qu'en matière de liberté d'expression tout n'est pas permis et qu'il peut en coûter de l'oublier (amendes et jusqu'à 6 mois de prison pour la diffamation).
Les affaires ayant donné lieu à l'exclusion définitive d'élèves font débat. La répression, qui vise à frapper fort pour dissuader et à faire des exemples, participe plus de la panique que de l'éducation.
Mais du côté de l'institution scolaire, dans la grande majorité des cas, c'est surtout sur la prévention et l'information que l'on met l'accent.
Le B2i, brevet informatique et Internet qui regroupe les compétences que les élèves doivent posséder à l'issue du collège exige de "connaître l'existence des lois relatives aux utilisations d'informations nominatives, et savoir qu'il faut respecter les limites relatives à ces utilisations".
De nombreux règlements intérieurs d'établissements rappellent aux élèves et à leurs parents le cadre dans lequel doit s'exercer la liberté d'expression
D'autres pointent les dangers d'une exploitation pédophile (voir le site : http://www.ac-rouen.fr/colleges/rimbaud/Site/article.php3?id_article=60 ).
Petits secrets, nom du lycée, habitudes journalières, horaires des cours, adresse de la maison, dates de vacances des parents ... les blogs regorgent d'informations ultrasensibles.
Et même s'il en prend presque toujours les allures, un weblog est tout sauf un journal intime.
Un message que policiers et juristes essaient de faire passer.
Il n'est jamais trop tard.
SVM. Juin 2005