Liaisons sous contrôle électronique

Les amants adultères qui correspondent par portable ou par ordinateur ignorent que ces objets peuvent être épluchés par des détectives.
A San Francisco, la société Lover Spy espionne à distance l'ordinateur de tout conjoint pour 85 dollars.
Les amants adultères ont de quoi s'inquiéter. Plus besoin de se faire pincer dans une chalbre d'hôtel pour être pris en flagrant délit. Depuis 3 ans, les avocats accumulent dans leurs dossiers de divorces des preuves d'infidélité d'un nouveau genre, établies par numérique. Elles sont le fait du nouveau mode de correspondance adopté par les soupirants branchés, qui privilégient l'e-mail ou le SMS pour s'échanger des mots doux ou se donner rdv. Hélàs pour eux, leurs gadgets high-tech sont de véritables pièges.
La touche bis des téléphones résidentiels qui permettait de rappeler aorès coup le dernier correspondant a été le premier mouchard. L'usage intensif du téléphone portable complique désormais la vie des infidèles, puisqu'il révèle en un clin d'oeil le nom, le n° et l'heure des appels reçus et envoyés, les déclarations d'amour par texto. Certes, cela implique de connaître le code d'accès du téléphone, mais tous les spécialistes s'accordent à dire qu'il n'y a rien de plus facile que de trouver ces 4 chiffres. Le plus souvent, il s'agit de la dat d'anniversaire, ou de ses 4 premiers chiffres quand ce n'est pas un quadruple zéro.
"J'ai piégé mon mari en consultant le journal de son téléphone portable "
Sylvie, 38 ans, secrétaire de direction, avait de gros soupçons envers son mari qui, prétextant un surcroît de travail, rentrait chaque soir de plus en plus tard. "Une nuit, alors qu'il dormait, j'ai consulté le journal de son téléphone portable. Un nom apparaissait plusieurs fois, celui de son meilleur ami, Christian, mais écrit avec deux "i". Je l'ai appelé en masquant mon n° et je suis tombée sur le répondeur d'une certaines Diana. Le lendeamin, j'ai téléphoné en me faisant passer pour un agent des impôts devant vérifier son identité et son adresse pour un problème de taxe d'habitation. Le soir même, j'ai piégé mon mari en lui disant que j'avais parlé avec sa maîtresse. Stupéfait, il n'a même pas essayé de nier son existence."
Faute de précautions élémentaires, l'ordinateur se révèle aussi comme une vraie mine d'infirmatons pour celui ou celle qui doute de la fidélité de sa moitié. L'examen de la boîte de réception du courrier électronique ou de l'historique des sites internet visités en dit long sur les habitudes et les fréquentations de son utilisateur. L'Américain John Lasage en a fait l'amère expérience. En décortiquant l'ordinateur de sa femme, il découvre qu'elle le trompe depuis plusieurs mois avec un type rencontré sur la Toile. Pour se venger, il lance le site www.chatcheaters.com où il répertorie toutes les astuces pour traquer virtuellement l'infidèle.
Des sociétés en font même un véritable business, comme Lover Spy, basée à San Francisco. Elle propose aux jaloux d'espionner à distance l'ordinateur de tout conjoint pour seulement 85 dollars (65,50 ). La méthode est simple, efficace : par e-mail, Lover Spy adresse au suspect une carte de voeux électronique contenant un dispositif de surveillance. Une fois ouvert, le logiciel espion enregistre tout ce que la personne effectue su son ordinateur : ce qu'elle tape, ses mots-clés, ses courriers, ses tchats, ses captures d'écran ... Puis le logiciel renvoie discrètement toutes ces informations au serveur de Lover Spy, qui les transmet au client tout en préservant son anonymat.
L'adultère est en hausse avec les sites de rencontres
En France, Alain Stevens est le premier cyberdétective à avoir dressé un constat d'adultère en numérique. "Un client m'avait demandé de filer son épouse. Il était persuadé qu'elle le trompait. Une semaine n'avait rien donné. Je me suis rendu à son domicile pour remettre mon rapport, et j'ai vu un ordinateur dans le salon. En présence de mon client, j'ai examiné le contenu du disque dur, et, en 1h, nous avons eu toutes les informations nécessaires, constatées ensuite par un huissier : noms des amants, dates et heures des rdv, lieux des rencontres ", raconte-il. Depuis, ce privé s'est spécialisé dans l'identification des cyberdélinquants, mais il traite toujours des affaires de coeur. Le nombre de liaisons dangereuses augmente sans cesse avec le succès des sites de rencontres.
Ses clients, il ne les reçoit pas dans un bureau. Les demandes arrivent du monde entier, par courrier électronique. Ses méthodes d'enquête sont variées. Il peut surveiller un ordinateur à distance, mais aussi s'infiltrer discrètement dans le forum de discussion d'un site de rencontres. Il sait même, grâce à un logiciel espion, prendre le contrôle d'une webcam : "J'ai ainsi pu découvrir qu'un mari attendait que sa femme se soit endormie pour filmer avec une caméra certaines parties de sa propre anatomie, en vue de prochaines rencontres sur Internet."
La méthode peut surprendre, mais elle marche et se révèle aussi efficace qu'une filature traditionelle. Bien sûr, il n'intervient pas toujours en direct, car tout le monde ne dispose pas d'un budget suffisant pour louer ses services, facturés de 60 0 5000 selon les missions. "Je conseille alors à mes clients d'installer sur le pc familial un bon logiciel de contrôle parental, tout aussi efficace et peu onéreux, et de lire de temps en temps les rapports de surveillance. "
Attention, cependant : en cas de divorce pour faute, ces preuves numériques ne sont pas toujours recevables devant un tribunal des affaires familiales. "S'il s'agit de courriers échangés entre époux, il n'y a pas de restrictions. En revanche, concernant des courriers entre le conjoint et un tiers, tout dépend de la manière dont ils ont été collectés, explique Maître Olivier Lindey, avocat au barreau de Paris. L'article 259-1 du code civil dispose que les preuves ne peuvent pas avoir été obtenues par violence, ruse ou fraude. Cela implique qu'elles doivent provenir de l'ordinateur familial ou d'une messagerie non protégée par un code d'accès, sauf si le code a été librement communiqué. Le cas échéant, l'époux trop curieux pourrait être accusé d'atteinte au secret de la correspondance. Un délit que le code pénal réprime d'un mois d'emprisonnement et d'une amende de 45 000. Et qui aurait pour autre conséquence de paralyser la procédure de divorce. La seule précaution indispensable est de faire constater ces preuves par un huissier."
Pour les infidèles, quelques gestes simples permettent de protéger leur vie privée. Dans son livre "Le Guide du cyberdétective ", Alin Stevens distille plusieurs conseils. "Pour faire disparaître un fichier, par exemple, il ne suffit pas de le mettre à la corbeille, il faut également le supprimer des boîtes d'envoi ou de réception. Il ne faut pas oublier également de vider de temps en temps l'historique de navigation. Je recommande évidemment d'éviter d'utiliser l'ordinateur familial et de correspondre plutôt d'un cybercafé."
Utilisées à bon escient, les nouvelles technologies peuvent d'ailleurs devenir un précieux outil pour cacher une liaison. Ainsi, le site www.monalibi.ch fournit toutes les pièces nécessaires pour justifier d'un pseudo-séminaire de travail : billets d'avion, noes de restaurants, d'hôtels, bulletins d'inscription à un congrès ... Il assure également le transfert des appels téléphoniques vers l'étranger, l'alerte par SMS, l'envoi de cartes postales dûment oblitérées et l'achat de cadeaux souvenirs de n'importe quel pays d'Europe... Encore plus original, un exilé roumain résidant en Allemagne propse depuis 1 an un logiciel de faux bruitage déstiné au téléphone portable. Pour 15 , il se télécharge sur le Net et simule pendant une conversation les bruits d'un aéroport ou d'un embouteillage alors que le correspondant se trouve au fond d'un lit en bonne compagnie ...