Handicap : chronique d'une fermeture annoncée
Les parents et amis du Temps de l'Eveil ne désarment pas. Dans le collimateur du conseil général depuis plusieurs mois, cet établissement spécialisé, qui accueille à Magny-en-Vexin 18 jeunes handicapés mentaux (dont 11 en internat), a finalement été fermé le 7 mars 2005, par un arrêté du préfet du Val d'Oise, qui a transféré son autorisation de fonctionnement à une autre association soutenue par le département, l'Apamigest.
Une décision contestée par l'association Le Temps de l'Eveil, réunie en assemblée générale extraordinaire le 12 mars et qui appelle à manifester, le 9 avril, à Paris.
Les deux arrêtés pris par le préfet s'appuient notamment sur les conclusions de l'administratrice provisoire, nommée pour six mois en novembre 2004, et qui a rendu son rapport d'évaluation en décembre, à la suite des visites d'inspection menées par la DDASS et le conseil général. Elles auraient en effet révélé, selon l'arrêté du préfet, "des dysfonctionnements et irrégularités tant en matière de fonctionnement associatif qu'en matière de fonctionnement institutionnel". Il va même plus loin en affirmant que "les conditions d'organisation et de fonctionnement de l'établissement sont de nature à compromettre la santé, la sécurité et le bien-être physique ou moral des personnes accueillies".
Le comité régional d'organisation sociale et médico-sociale (CROS) avait également émis, le 28 janvier 2005, un avis favorable à la fermeture de l'établissement.
Des dysfonctionnements et irrégularités
De fait, pour le conseil général, il est absolument exclu que l'internat puisse continuer à fonctionner, a déclaré aux ASH son directeur des personnes handicapées, Alberto Serrano, en évoquant également les constatations faites au cours des visites inopinées au Temps de l'Eveil. "Ces inspections ont été menées par des professionnels compétents", assure Alberto Serrano, qui affirme clairement que "les conditions de prise en charge des personnes la nuit sont extrêmement insuffisantes", et même "qu'elles ne sont pas tenables".
Si l'accueil de jour - qui n'est pas mis en cause par les pouvoirs publics - compte 13 salariés (éducateurs spécialisés, psychomotriciens, ...), la surveillance de l'internat est en effet assurée par la direction, faute de personnel suffisant, selon la directrice Micheline Lefebvre. Ce que conteste le conseil général, qui assure lui avoir proposé à plusieurs reprises un accompagnement de nuit, qu'elle aurait toujours refusé.
En bref, les reproches adressés à l'établissement sont de deux ordres. Financiers d'abord, à la suite de la présence sur le compte de l'association d'une importante somme d'argent. Elle correspond au remboursement de 16 mois d'arriérés de frais de journée dus à l'établissement, rétorque la direction. Mais les griefs se placent aussi sur le plan de l'encadrement, avec les conséquences que l'on peut imaginer auprès des jeunes handicapés hébergés.
Autant d'arguments démentis par plusieurs médecins qui suivent les jeunes autistes, trisomiques ou polyhandicapés logés au Temps de l'Eveil, et qui ont adressé des courriers de soutien au médecin référent de l'établissement, ainsi que par les parents, qui ont intenté une action en justice pour faire annuler sa fermeture administrative. Ils en ont aussi appelé à la secrétaire d'Etat aux personnes handicapées, à laquelle ils disent avoir adressé plusieurs centaines de pétitions, et au président de la République pour qu'il intercède en leur faveur auprès de Marie-Anne Montchamp, sans réponse.
Mobilisation des parents contre la fermeture
Soutenus par l'association Droit aux soins et à une place adaptée (DSP), ils organisent donc un rassemblement, samedi 9 avril à 14 h, devant le ministère de la Santé à Paris, en espérant être reçus, sinon par la secrétaire d'Etat, au moins par l'un de ses conseillers. Un appel auquel s'associent d'autres organisations comme le Comité pour le droit au travail des handicapés et l'égalité des droits (CDTHED) ou la Fédération nationale de l'action sociale-Force ouvrière (FNAS-FO).
Une mobilisation qui n'ébranle pas les certitudes du département, Alberto Serrano se montrant plus que dubitatif sur la représentativité des associations et des parents qui montent au créneau. Il souligne ainsi que la moitié des internes n'ayant plus de parents, leur sort est géré par un tuteur administratif qui n'a pas pris position.
Reste la question du replacement de ces jeunes gens dans d'autres établissements valdoisiens, que le conseil général s'engage à poursuivre, en cherchant les solutions les mieux adaptés au cas par cas.
Une option que les parents mobilisés refusent, en se montrant très attachés au cadre familial du Temps de l'Eveil. Ils craignent notamment le déracinement des pensionnaires. "Les enfants sont tous complètement perturbés par cette affaire", nous a ainsi déclaré Jean Goupil, porte-parole des familles, en ajoutant que le comportement de certains avait du coup régressé. Selon ces parents, l'orientation vers une autre structure n'est souhaitable que pour trois des jeunes, qui ont suffisamment évolué pour être pris en charge ailleurs, ce que nous a confirmé la directrice Micheline Lefebvre. Cette dernière affirme en outre que plusieurs établissements du Val-d'Oise ont déjà refusé d'accueillir ces jeunes gens atteints de handicaps lourds.
Anne Simonot
Merci à ma Doucette qui m'a fait passer cet article :)