Les Algériennes trahies !
Elles sont scandalisées et on les comprend. Une fois encore, une fois de plus, les Algériennes ont été trahies.
Considérées comme des mineures à vie depuis l'adoption en 1984 d'un code de la famille directement inspiré de la charia, elles espéraient aujourd'hui une révision sérieuse, à défaut d'une abrogation totale, de ces lois injustes.
Alors que Khalida Messaoudi, ancienne résistante et actuelle ministre de la Culture, annonçait en mai dernier la suppression du tuteur matrimonial (wali), obligatoire même pour les femmes majeures ; alors que l'avant-projet de la réforme, adopté par le gouvernement à l'automne dernier, confirmait cette mesure, voilà que le président de la République Abdelaziz Bouteflika enterre cet amendement hautement symbolique.
Les islamistes, les conservateurs et le politique ont gagné.
Dorénavant, pour changer, cela sera comme d'habitude !
Dans ce pays où de plus en plus de femmes occupent des postes importants dans la société civile, magistrates, chefs d'entreprise, agents de police, médecins, etc. devront à tout âge être accompagnées d'un père, d'un frère ou même d'un fils pour pouvoir se (re) marier. Et à défaut, c'est au juge que reviendra ce rôle.
A part que -situation ubuesque- il arrivera de plus en plus souvent, comme c'est déjà le cas, que le juge soit une femme !
La pilule est amère pour celles qui se battent depuis des années pour l'égalité entre les citoyens, pourtant définie par la Constitution algérienne. Surtout que, en matière d'héritage, la femme n'a toujours droit qu'à la moitié de ce qui revient à l'homme.
A noter toutefois, un amendement devrait contribuer à améliorer le sort de toutes ces femmes jetées à la rue avec leurs enfants lors d'un divorce demandé unilatéralement par le mari. Dorénavant, ce dernier devra assurer un logement à sa progéniture mineure dont la garde sera confiée à la mère.
Compte tenu de la crise profonde du logement en Algérie, on peut craindre un effet pervers de cette loi : voir de plus en plus d'hommes demander la garde de leurs enfants.
Abattues par des promesses jamais tenues, les Algériennes ne s'étaient pas mobilisées avec opiniâtreté ces derniers mois.
L'injustice pourrait bien réveiller la contestation.