J'ai un truc A te dire... mais c'est pas facile

Publié le par Mayounette Mayounette

Difficile d'avouer certaines vérités sans se brouiller à jamais... Mais bon, faut que ça sorte, alors on respire et on se lance !

« Ca sent pas la rose, ici... »
 « Chéri, au lit, c'est pas la folaïe »
 « Maman, je ne viendrai plus déjeuner tous les dimanches »
 « Tu me déprimes avec tes histoires ! »
 « Mais tu vas la baisser, ta musique de m... ! »


« Ca sent pas la rose, ici... »

Léa, notre coloc au bureau, on l'aime plutôt bien. Le genre qui nous rapporte du porto après ses vacances en Algarve et du nougat si elle est allée à Montélimar. Mais voilà : elle sent fort, pour le dire poliment. Dès qu'elle ouvre la bouche ou qu'elle lève les bras pour nous passer un dossier, on souffre en apnée. Bien sûr, impossible d'exploser sur le mode : « Léa, tu pues, tu m'empoisonnes l'oxygène ! Lave-toi, fais quelque chose ! » Alors, tout ce qu'on arrive à bredouiller, c'est un pauvre « Merci Léa... » (en tournant la tête). Pourtant, les solutions existent.

A éviter. Pas courageux et surtout très vexant, le coup du déo sur le bureau ou les allusions plus ou moins fines : « Ca sent vraiment mauvais... TU NE TROUVES PAS, LEA ? » Car, même si tout ça est très gentiment formulé, il y a de fortes chances pour que Léa, quand elle aura compris, ait envie de mourir sur place ou de nous clouer au mur avec des punaises rouillées. Elle peut même décider d'en rajouter, juste pour se venger. Car, critiquer l'odeur de l'autre, c'est bien sûr lui dire qu'elle est une immonde souillon. C'est aussi, symboliquement, dire : « Léa, je ne peux pas te sentir ». Autant dire que les relations vont virer caliente...

Mieux. Première option, la solidarité : « Parfois, je transpire comme une dingue, pas toi ? Moi, j'étais complexée avec ça, à une époque... Bref, maintenant, j'ai trouvé le déo Totalkontroll anti-pue, ça m'a changé la vie ! »
Toujours pas de résultat ? On s'invente une tare olfactive : « J'ai un problème, mon odorat est vraiment trop sensible et je supporte très mal les odeurs des autres. Même s'ils sont soignés ! Tu veux bien faire un effort pour m'aider ? » D'accord, la ficelle est grosse, mais elle évitera à Léa de se pendre avec.


« Chéri, au lit, c'est pas la folaïe »

Demain, Gérard et nous, ça fera trois mois. SUPER ! Trois mois qu'il est convaincu d'être le coup du siècle (c'était bien, hein ?). Et 90 jours qu'à chaque câlin, on pense, au choix, à la liste des courses (ça occupe) ou à Jude Law (ça motive). Le tout en poussant des petits mmmm de politesse de temps à autre. En résumé, Gérard s'y prend comme un pied et, nous, on ne prend pas le nôtre. On n'a qu'à se barrer ? Oh ben non, Gégé, on l'aiiime !

Le mauvais réflexe. Faut-il vraiment le répéter ? le mâle est ex-trê-me-ment susceptible dès qu'on aborde le délicat sujet de sa virilité. Pas question, donc, d'attaquer son identité masculine et de lui avouer : « Je simule comme une damnée depuis trois mois. T'assures pas une bille. T'es une erreur du Kama-sutra. Le compromis entre un chewing-gum et un lapin. Je craque. » OK, on peut y mettre les formes mais ça ne change (presque) rien. Au mieux, il se vexe à mort. Au pire, ça lui coupe toute envie de recommencer et on en est réduite à aller acheter un certain canard en plastique...

L'idée qui sauve. Lui dire que le problème vient de nous (eh oui, encore !) : on ne sait pas ce qu'on a, mais en ce moment on ne supporte plus ce qu'on aimait tellement avant. On a besoin de changements. Lesquels ? Eh bien, on va lui montrer...

 

« Maman, je ne viendrai plus déjeuner tous les dimanches »

Oui, on l'aime, môman. Mais le sacro-saint repas du dimanche midi : « Encore du gigot, génial, c'est bon d'avoir des repères ! », on n'en peut plus. C'est vrai, quoi : est-ce vraiment trop demander, après une semaine de dur labeur, de pouvoir buller peinard, le week-end ? Apparemment, oui : on entend déjà papa d'ici : « Tu veux vraiment briser le coeur de ta mère, espèce d'ingrate ! »

La boulette. Se servir de Gérard comme prétexte : « J'aimerais vraiment venir, mais Gérard a pris rendez-vous chez le sexologue. Et il me dit que je dois me libérer de votre influence. » D'abord parce qu'elle va détester Gégé (déjà que...) et puis parce qu'elle n'y croira pas longtemps. Pas mieux, la crise d'ado : « Mais chuis plus une gamine, je fais ce que je veux, m... ! » Justement, une adulte s'en sort autrement qu'en se révoltant contre sa mère pour exister.

Le plan B. Proposer autre chose. « Remballe le gigot, Maman, je t'emmène pour la journée au Spa des Cinq Mondes, tu vas adorer. » Et si vraiment on veut recouvrer sa liberté, on s'invente une nouvelle activité : « Les réunions chez les Verts, c'est pas en semaine que ça se passe ! »

 

« Tu me déprimes avec tes histoires ! »

Caro, c'est une amie. Une vraie. Nous deux, c'est comme Bataille et Fontaine, Le Bolloc'h et Solo. Enfin... c'était. Car, depuis, Paul a débarqué dans sa vie. Et ça fait des mois qu'elle ne parle plus que de ce cloporte. Paul n'a pas appelé (Caro, il n'y a que dans les pubs qu'on fait tomber son portable dans une bouche d'égout). Paul a du rouge sur le col (non, c'est pas sa mère). Paul s'en va, Paul revient et Caro disjoncte. Cent fois qu'on le lui répète en boucle, quand elle appelle (à minuit) en larmes : « Dégage ce cafard, les contrariétés, ça te brouille le teint. » Et elle ne nous écoute pas. On frôle l'overdose. On devient nerveuse rien qu'à passer devant une boulangerie Paul ou une pub Paul Smith...

L'erreur. La culpabiliser (elle se sent déjà assez nulle, elle nous l'a dit !) et utiliser le « tu », très accusateur : « Tu tournes en rond, tu te répètes et, en plus, t'écoutes rien. Tu vas finir par me déprimer aussi... »

La brillante idée. Pour son bien à elle, on se désengage activement du « Paul project ». « Je me sens impuissante. Et puis, en te servant de béquille, je rends la situation supportable. Je t'empêche d'affronter le problème. » Au besoin, on lui conseille de voir un psy (non, t'es pas folle, Caro) qui lui, saura lui donner un vrai bon conseil (dégage ce cafard, on t'a dit !). En attendant, ça lui dirait, « Ocean's Twelve » à 20 heures, ce soir ?

 

« Mais tu vas la baisser, ta musique de m... ! »

Il avait vraiment l'air sympa (voir draguable) le nouveau voisin. Rien à voir avec le croque-mort en costume qui était là avant lui. Pourtant, quinze jours plus tard, on le regrette pres-que, Nosferatu. Lui, au moins, ne mettait pas la musique à fond aux aurores ou jusqu'à pas d'heure avec ses trente potes.

Le mauvais plan. « La communication indirecte. » En clair, taper au plafond avec le balai  ou ouvrir grand la fenêtre en clamant : « Il y a vraiment trop de bruit dans cet immeuble. » Non ! En général, soit il s'en fout, soit ça l'énerve et vive l'intégrale Iron Maiden en représailles !

La bonne attitude. Aller le voir et exprimer calmement nos besoins en utilisant le « je ». Exemple : « J'ai besoin de mes huit heures, sinon je ressemble à Cauet. » On sent bien la nuance avec : « Espèce de malade, t'es au courant qu'il y a des gens qui dorment, je travaille moi, je vis pas des allocs ! » Non ?

Merci à Paule Salomon, psychothérapeute, auteur de « La Spirale du bonheur », Ed. Albin Michel.

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Publié dans mayounette

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