Bienvenue dans un monde meilleur
Chaque jour, les images des jounaux télévisés déversent leur flot de cataclysmes : attentats, guerre, génocides, épidémies, famines.
L'horreur s'invite partout.
Alors l'nvie nous est venue de rêver un peu ... Et si un monde meilleur était possible ?
Certains ont imaginé des vies plus belles, bâties autour de la tolérence, de l'égalité, de l'amour.
En voici 8 qui, si elles devenaient des exemples, changeraient la triste face de notre planète.
Huit raisons d'espérer ... et d'agir.
Par Géraldine Levasseur, assistée d'Armance Vollant, pour le magazine "Marie-Claire" Mars 2005.
Dans un monde meilleur ...
... on survivrait à la maladie :
A l'âge de 12 ans, on découvre à Ingrid un rhumatisme au coeur.
"Mon médecin m'avait annoncé que c'était grave, que mon coeur était attaqué par quelque chose, mais je refusais de devenir une fille malade. Aucun de mes copains ne devait savoir. Je parvenais à contrôler les douleurs en appuyant sur la poitrine avec mon pouce et en me recroquevillant". Jusqu'à l'âge de 18 ans, Ingrid trompe son monde. Mais lors d'un contrôle de maths, son muscle cardiaque s'arrête. Première syncope. "Quelque chose n'allait plus en moi. En fait, mon coeur grossissait tellement que je ne pouvais plus ni manger ni respirer".
Juin 1991 : Ingrid entre à l'hôpital, une lutte médicamenteuse commence. Vaine. La jeune femme devient trop faible pour supporter les électrochocs qui font repartir son coeur chaque fois qu'il "cale". "Lorsque les infirmiers m'ont descendue aux soins intensifs, mon état était désespéré".
Derrière les paravents, elle entend les alarmes, un aumônier prononce son extrême-onction. Ingrid est condamnée.
"Un soir, mon cardilogue est venu me dire : "On va changer ton moteur." J'ai demandé :"Quand ?" Il m'a répondu :"Dès que l'on pourra."
Soudain, j'ai compris que j'allais avoir un nouveau coeur. J'était trsite, je l'aimais, je l'appelais "mon coeur"..."
Ingrid, inscrite sur la liste prioritaire des receveurs de greffes, est au bout du rouleau. Elle cesse de se battre.
Après 11 jours en soins intensifs, un 12 juillet à 17h, elle entend une voix :"Ton coeur est arrivé !" "J'ai mis très longtemps à cesser de penser à son propiétaire. Pendant 10 ans, j'ai vécu au jour le jour, incapable de me projeter. Aujourd'hui, j'ai surmonté cette peur ; je me suis mariée, nous avons fait un bébé, j'attends le deuxième. Je reviens de loin, mais maintenant, je n'y pense plus, je dévore la vie. Tous les jours, je m'applique juste à être quelqu'un de bien, je veux être à la hauteur de mon donneur".
... on serait solidaire des plus vulnérables :
L'un des enfants doit rester, l'autre partir : une chaîne de solidarité entre parents résiste.
Mardi 13 décembre 2004, c'est le matin et dans une petite école communale parisienne Maziamo, 10 ans, arrive en pleurant. Son grand frère, Antonio, doit repartir en Angola. Antonio, 20 ans, c'est tout ce qu'ils reste à Maziamo. Les deux frères ontfui l'Angola en mai 2002.
Depuis de nombreuses années, leur père appartient à l'Unita (mouvement politique anglosais opposé au gouvernement), il organise des réunions chez lui, il est en danger. En février 2002, des hommes du MPLA (le parti au pouvoir) assassinent leur frère, instituteur, à la sortie de son école. Puis leur père, leur mère et trois autres frères. Maziamo assiste à ce massacre dans la maison. Parce qu'il s'évanouit, les agresseurs le croient mort. Antonio, lui, était parti au foot. Les deux enfants sont sauvés, mais pas pour longtemps :"la technique du MPLA, c'est d'exterminer toute une famille", explique maître Maier.
Un ami de leur père les met dans un avion. Direction : la France, via l'Afrique du sud et l'Angleterre. Ils n'ont rien, ni vêtements ni argent, ils dorment où ils peuvent avant de trouver refuge dans un foyer pour travailleurs immigrés. Antonio inscrit son jeune frère à l'école : il ne parle pas un mot de français. Aujourd'hui, Maziamo est un bon élève de CM2. Antonio ne travaille pas, il doit se voir reconnaître le statut de réfugié politique pour en avoir le droit. La décision tombe : négative.
Lorsqu'elle entend l'histoire de Maziamo, ce matin-là, la directrice de l'école est bouleversée. Aussitôt, elle contacte les parents d'élèves. Tous veulent agir. L'un enquête, un autre alerte la presse, un troisième promet une embauche, un autre encore contacte un avocat, qui prête serment pour défendre gracieusement les plus démunis. Tous les parents de l'école se mobilisent. A chacun sa tâche. Comme ça, pour ne rien y gagner. Sinon l'idée d'oeuvrer pour un mode plus juste.
(La mobilisation de l'école a porté ses fruits. Antonio ne devrait pas être expulsé).
... on se marierait encore à 80 ans :
Loin des frasques et du jeunisme de Sun City, Hélène à 70 ans, Jacques, 86.
Après 10 ans de flirt, ils se sont mariés il y a 5 ans.
Elle éclate de rire :"Nous voulions officialiser notre rencontre et cesser de vivre dans le pêché". Lui, plus sérieux : "Je suis arrière-grand-père, et j'espérais que mes enfants seraient heureux pour moi. Ce ne fut pas le cas : ma fille n'est pas venue à notre mariage".
Hélène tente d'apaiser sa colère :"Je n'ai jamais pu avoir d'enfant, j'aurais voulu aimer les siens comme les miens, mais l'amour des vieux gêne peut-être les jeunes".
Veufs tous les deux, Hélène et Jacques rêvaient de refaire leur vie, non pas pour tromper l'ennui mais pour aimer à nouveau.
"La première fois que j'ai vu Hélène, ç'a été le coup de foudre. Mais à mon âge, je n'espérais pas qu'une dame puisse tomber amoureuse de moi". Hélène relativise :"Je n'ai pas eu de coup de foudre, mais j'ai aimé ses lettres d'amour". Jacques sursaute :"Tu les as gardées ?" Hélène plisse les yeux et, mystérieuse, ne répond pas.
Se souvenir du premier baiser les fait rougir :"Nous dansions dans un club pour vieux, ma joue a glissé sur la sienne."
La première fois qu'ils ont fait l'amour ? C'est Hélène qui parle :" J'ai laissé monter le désir, et un an plus tard, nous avons fait l'amour comme si nous avions 20 ans". Jacques sourit :"Je n'avais pas peur, je savais ce qu'il fallait faire pour la rendre heureuse."
Hélène conclut : "Avec lui, maintenant, j'aime être vieille. Je me sens belle, bien dans mon corps et dans mon âge".
... on casserait les chaînes du destin :
Halimatou, en seconde année à Sciences-Po :"Jamais je n'aurais osé penser que ma place était sur ces bancs".
Les Ulis, Essonne. Quartier défavorisé, écoles en zone sensible. Halimatou, 19 ans, a grandi avec ses onze frères et soeurs dans une tour HLM. "Mes parents sont venus du Mali avec l'idée que l'éducation était la clé de la liberté et de la réussite. Nous ne sortions pas, aprèsl'école, nous étions inscrits à l'étude. L'été, nous faisions des devoirs de vacances. Nos parents, même s'ils n'ont jamais été scolarisés, ont toujours rencontré nos profs". Leurs journées sont pourtant épuisantes : le père est cariste -magasinier, et la mère, agent d'entretien.
En terminale, Halimatou est une bonne élève, mais sans plus. Elle a cependant cet éclat qui fait d'elle une felle différente. "Ma prof de philo m'a poussée à tenter l'entrée à l'Institut d'études politiques grâce aux conventions ZEP (destinées à intégrer Sciences-Po, sans concours, des bacheliers issus des zones d'éducation prioritaires). D'abord, j'ai refusé : ce n'était pas pour moi, ces gens ne me ressemblaient pas. C'était trop prestigieux ! Mon père m'a dit : "Tente, tu verras bien ! ".
En juillet 2003, à l'oral d'admission, Halimatou se retrouve face au jury, qui comprend notamment le vice-président du Conseil d'Etat et Dominique Strauss-Kahn. Elle présente un travail personnel sur le clonage. Quarante-cinq minutes plus tard, une question de l'ancien ministre fuse : "Votre travail est excellent, mais dites-nous ce que vous pensez de cette idée que l'imperfection est la cime". "J'étais pétrifiée, et en même temps, je parlais avec des personnes que je n'aurais jamais rencontrées ailleurs. J'ai compris que ma place était là."
Aujourd'hui, les résultats d'Halimatou sont brillants. Elle donne l'exemple quand elle retourne le week-end aux Ulis, donne des conférences dans son ancien lycée, et dans sa cité, c'est "respect". "On me surnomme "Miss Sciences-Po"."
... on se préoccuperait de ses voisins :
C'est tout bête, mais la vie est tellement plus légère lorsqu'on aime rentrer chez soi sans voisin mauvais coucheur.
Un immeuble plein d'enfants et de gaieté à Levallois (Hauts-de-Seine). Une corbeille de linge qui se balance entre le premier et le deuxième étage : la machine est en panne, c'est le lave-linge du deuxième qui tourne. La chaudière du troisième ne fonctionne plus ? Les enfants se douchent chez la voisine. Une armoire à déplacer ? Les hommes de l'immeuble s'en chargent. Il manque deux oeufs pour le gâteau ? Pas de souci, monte en chercher ! Les enfants à garder ? Les ados de l'immeuble s'en occupent, et s'ils ne sont pas libres, les parents laissent le baby-phone chez les voisins. Les poussettes encombrent le hall ? Un abri se construit...
Ce sont ces petits détails de la vie quotidienne qui font de cet immeuble un lieu différent.
Iic, de la bonne humeur et plein d'enfants qui ont lié leurs mères avec une première idée simple : faire à tour de rôle le taxi pour emmener les plus jeunes à l'école ou à leurs activités du mercredi après-midi.
"Et si l'amitié, ça commençait comme ça ?" se demande Catherine, une mère du deuxième étage.
... les hommes participeraient aux tâches ménagères :
L'homme idéal : il est sensible, neau, amoureux, il cuisine, travaille et, en plus, descend les poubelles ...
A peine un homme sur trois participe aux tâches ménagères. C'est peu. Les autres laissent leurs femmes assurer une double journée : celle du boulot, et l'autre, qui commence de retour à la maison, avec les courses, les enfants, le repas, le ménage ... Résultat : peu d'entre elles accèdent aux hautes sphères du pouvoir ou de la politique, par manque de temps. Ce sont en grande majorité des hommes qui votent les lois de ce pays. Des lois pour les hommes, et la société piétine.
Aymeric et Sylvie se sont rencontrés à l'âge de 17 ans. Vingt ans plus tard, Aymeric ne s'est pas lassé de leur bonheur : "Ce que je désire le plus au monde, c'est rendre les journées de la femme que j'aime plus douces. Je m'occupe des courses, des lessives, du ménage, je repasse et, comme j'ai des origines italiennes, je cuisine des recettes uniques de pasta. (Ses yeux pétillent). Jamais ça ne me pèse. Il me semble difficile pour une femme de mener de front sa carrière -Sylvie est juriste-, sa vie de mère et de femme. Nous avons attendu qu'elle soit prête pour faire un enfant, et mon devoir d'homme, c'est de l'aider".
On pense tout de suite qu'une perle comme Aymeric ne travaille pas et qu'il n'a que ça à faire de ses journées : pas du tout, il exerce de hautes responsabilités pour une marque de sacs en vogue. Il n'est même pas ennuyeyx et fait plein de surprises à sa femme. Il est drôle et beau.
L'homme idéal existerait-il ?
... on donnerait de l'amour aux orphelins :
Marie-Christine et Pierre voulaient des enfants, mais ne pouvaient pas en avoir.
Ni l'un ni l'autre n'ont laissé la médecine s'acharner sur leurs corps : "Il y a tant d'enfants abandonnés aux quatre coins du monde ".
Pierre est passionné de généalogie, une question le trouble : "Comment vais-je inclure ce petit être qui n'a pas mon sang dans mon arbre ?".
Marie-Christine rêve d'un enfant qui lui ressemble : "C'est un long travail de maturation de réaliser que l'on va tout donner à un enfant qui ne vient pas de nous. Et puis un jour, on est prêt : l'enfant sea passionnant parce qu'il est lui et non notre rêve".
1979, au milieu de la nuit, un coup de fil de Colombie. Un bébé est né : "Il faut venir tout de suite !". Un couffin sous le bras, Marie-Christine et Pierre embarquent pour Bogotà. S'ensuivront vingt années de voyages -en Colombie, au Pérou ou dans les orphelinats roumains. Des jumelles, un gamin rachitique et sans dents, une autre arc-boutée qui, à 4 ans, ne sait pas mastiquer ... Ils seront neuf, de tous âges, venus du monde entier.
Aujourd'hui, les enfants ont de 16 à 26 ans, des bonheurs, des états d'âme, "mais lorsque l'on parle d'adoption, parents comme enfants sont condamnés à la perfection", soupire Pierre.
Bien sûr, l'abandon pèse, l'histoire est lourde, les enfants l'encaissent, mais ils vont bien. Les parents veillent. Leurs enfants n'ont pas choisi de naître dans la misère, mais aujourd'hui, ils sont libres. Ils dessinent leurs vies et celles de leurs enfants. La seconde génération est née, ses parents l'ont choisie.
... on penserait à préserver la planète de nos enfants :
La vie sur Terre tient du miracle, et le changement climatique a pour conséquance l'amplification des extrêmes.
Les coups de chaud deviennent des canicules, les coups de vent des tempêtes et les vagues des raz-de-marée. Il est temps de prendre soin de notre planète... C'est ce que fait chaque jour cette jolie maison perchée sur la colline.
Une maison sage qui ne rejette dans l'air que de l'eau propre et de l'air froid. Une maison ronde comme la course du soleil, belle, pas si chère -environ 15% de plus qu'une demeure classique de mêm taille- et truffée d'astuces : des murs en terre séchée qui nécessitent peu d'énergie pour leur fabrication et assurent la stabilité de le température; la récupération de la chaleur, des eaux usées et de pluie; des toilettes à compost, sans eau ... Le système, fondé sur l'énergie solaire, est tellement efficace que le canton suisse sur lequel elle est bâtie rachète l'électricité produite.
Olivier Guizan et sa femme, Françoise, ont décidé d'influer sur le destin de notre planète avec un mode de vie exemplaire et pas si compliqué. Ils mangent bio, grâce à leur jardin potager, se déplacent en scooter électrique et passent leurs vacances sur un bateau solaire.
"L'énergie nucléaire suscite plus de problèmes et de risques démesurés qu'elle n'en résoud." Et c'est pourtant un ancien chercheur nucleaire, dont la prise de conscience remonte aux années 1970, qui s'exprime : "La situation empire chaque jour. Si nous continuons à croire en des mythes, nous fonçons dans le mur".
A leurs enfants et petits-enfants, les Guizan enseignent des valeurs essentielles, loin du profitn de l'égoïsme et de la rentabilité. Et à tous les visiteurs qui le souhaitent, ils ouvrent les portes de leur maison :"L'enjeu en vaut la peine, il est urgent d'agir", conclut le physicien aux cheveux blancs comme la sagesse.
Géraldine Levasseura
Marie-Claire - Mars 2005